Edito
Il y a des soirs où le temps se plie, où les décennies cessent de compter, où l’on se rappelle pourquoi on a choisi la batterie. Le 29 janvier dernier, à l’Adidas Arena à Paris, nous avons vécu ce genre de moment. Voir Abe Cunningham derrière son kit, c’est assister à une leçon de maturité musicale. Trente ans après les débuts discographiques de Deftones, dont le premier album Adrenaline a posé les bases d’un neo metal devenu culte, le batteur californien ne joue pas la nostalgie, il joue le présent. Son toucher est toujours aussi identifiable : cette manière de laisser respirer les riffs, d’installer un groove massif sans jamais l’alourdir, d’alterner frappe tribale et finesse presque jazzy. Cunningham ne cherche pas la démonstration. Il cherche l’émotion. Trente ans, dans un monde où tout s’accélère, où les carrières se consument à la vitesse d’un scroll, cette longévité a quelque chose de précieux. Elle nous rappelle qu’un batteur ne se définit pas par la mode qu’il traverse, mais par la signature qu’il imprime dans le temps. À l’instar d’un certain Sly Dunbar, l’un des architectes du groove moderne, qui vient tout juste de nous quitter. Avec son complice Robbie Shakespeare, Sly a redéfini la section rythmique, mais réduire son univers au reggae serait une erreur : son jeu a irrigué le rock, la pop, le dub, le funk. Lui aussi a prouvé qu’un batteur pouvait être à la fois pilier et révolutionnaire. Nous lui rendons hommage. La belle musique traverse le temps. Elle ne connaît ni date de péremption, ni frontière stylistique.
La Rédac’
Numéro 233
7,90€
Description
EN COUV’
12/ ABE CUNNINGHAM (DEFTONES)
Plaisirs partagés



